Un artiste de plus ?
Et c’est quoi un artiste au juste?
Ces questions Jean-Pierre Neri se les pose quotidiennement.
40 ans qu’il vit de sa peinture, qu’un groupuscule de collectionneurs a pris goût à ses cris picturaux.

Jean-Pierre Neri est bien plasticien : il sait sculpter, assembler, déconstruire les amalgames de matériaux, mais la peinture est la pratique qui lui permet d’habiter le mieux le monde de ses désirs.
Il a reçu une formation “classique” aux Beaux Arts en Avignon, en plein milieu des années 70. Ne vous laissez pas fourvoyer par les révolutionnaires en herbe. Les Beaux Arts n’étaient pas un lieu de contre-culture, cela demeurait un sanctuaire institutionnel. La connaissance et la conservation des techniques est une chose, mais la restriction des pratiques artistiques à elles-seules en est une autre…
J.-P. Neri a reçu une formation institutionnelle en matière d’arts.
Bilan laconique :
“Ça m’a gonflé !”
Par conséquent, il ne se pense pas être redevable de l’École d’art de l’époque, si ce n’est un diplôme en poche garant d’une reconnaissance sociale, et en dépit du relativisme qui affecte cette dernière. Une improbable carte de visite pour des débuts qui n’auguraient certainement pas la situation actuelle.
Après les bancs d’une école qui forme des artistes (?!), on se retrouve vite seul, confronté à un environnement social qui – enfin ! – finit par se muer en autre chose de plus ouvert, ou du moins tendant vers une plus grande ouverture.


Mais le sieur Neri en voulait déjà plus, toujours plus, et il n’a pas changé.
Ne lui dites pas que la liberté est une terre idéaliste imprégnée de naïveté, il risque de vous repousser dans vos terres puis dans vos retranchements, avec plus ou moins de ménagement. Puis, il vous montrera du doigt (tous les doigts de préférence) ce qui vous manque, vous fait cruellement défaut dans votre intimité.
Je lui ai parlé du syndrome de la marmotte.
Le quoi ?
Une marmotte en captivité vit 9 ans en moyenne. Une marmotte à l’état sauvage foule les prairies pendant 4 années.
Faites votre choix.
Jean-Pierre Neri m’a répondu : “Je n’ai même pas à te répondre, tu connais déjà la réponse !”
Et ouais, bien-sûr que je connaissais la réponse, mais je voulais voir ses yeux briller à l’évocation de la marmotte devisant sous la voûte céleste, au creux d’un tapis moelleux d’herbes fraîches et folles.


Il a voyagé.
Il a notamment vécu 4 ans en Grèce. L’expérience grecque lui donne l’impression d’être un expatrié. Dès qu’il n’est plus en territoires hellènes, il n’est plus chez lui, il devient un enfant du voyage plein de mal du pays. Il est dorénavant un élément du mythe, d’un paysage, d’un climat rude mais sain, et surtout, les gens de la Grèce lui manquent. Jean-Pierre Neri est tombé amoureux d’une culture et d’un art de vivre, d’une population qui incarne à ses yeux un équilibre fait de profondeur et d’ivresse vécues.
Sa façon de dépeindre sa vie là-bas n’est pas sans rappeler le Cefalu de Lawrence Durell. Mais l’écrivain-personnage qui me fait le plus penser à Neri c’est Henry Miller, et plus particulièrement celui qui nous est présenté dans Le colosse de Maroussi.
Pour notre ami peintre, la Grèce est une mosaïque de lieux unis par une lumière et une chaleur. Les mythes y seraient partout présents, omniprésents, ainsi au détour d’un rocher, d’où l’on se gorge des étincelles marines brillant presque plus qu’Héphaïstos lui-même qui, pourtant, est à la source de ces brulantes clartés.

Qu’en dit Miller l’alter ego ?
Dans n’importe quel pays, même parmi les étendues désolées et sinistres du Grand Nord, la beauté de la nature est présente, à défaut de celle de l’homme. La Grèce a bénéficié des faveurs spéciales des dieux. Jusqu’à la fin des temps, ses rivages resteront un lieu de migration pour des milliers et des milliers d’humains venus des quatre coins de la terre. Les Grecs ont survécu à tout, aux pires régimes, aux infamies les plus cruelles. Rien ne peut souiller la mer grecque, le ciel grec. Et la lumière – cette lumière surnaturelle propre au monde méditerranéen – l’emportera toujours sur tout.
Ce n’est pas un hasard si ce pays a été de tous temps la terre des héros et des poètes, la terre où l’homme est l’égal des dieux et où les dieux eux-mêmes prenaient stature humaine. Le mythe y est toujours vivant. La matière dont sont faits mythes et légendes est ineffable. Les ténèbres ont eu beau recouvrir maintes et maintes fois la Grèce, jamais elles n’ont pu éclipser entièrement l’espoir de la résurrection, la foi de l’homme en l’homme, dans toute la force et toute la plénitude du terme.
L’accointance entre les perceptions est double.
Tout d’abord, on sent un amour inconditionnel qui nous semble d’un lyrisme propre aux fanatiques. La Grèce est un paradis. C’est beau d’aimer de la sorte un pays et ses habitants, n’est-ce pas. J’ai presque envie d’être Grec pour que l’on m’aime autant.
Ensuite se laissent voir les saillances nettes et grandioses d’un humanisme viscéral. Il n’est pas question d’idéologie mais de celle du témoignage. Il est possible d’être homme ! Il existe un rivage auquel on peut accoster et qui permet d’être soi sans autre forme de procès. Un idéal se fond avec un paysage et s’épanche à travers des conversations du quotidien. Avant toute chose, un préalable absolu : la foi en l’homme, en ses ressources, en son intrinsèque beauté.
L’éclosion n’est possible que si la nature est livrée à elle-même sans frein.
Il est interdit d’interdire est déjà une restriction, non ?
Être, c’est tout autre chose.
Ce qui rend fou Jean-Pierre Neri : que l’on empêche l’un ou l’autre d’être.
Cette “position” peut vous paraître commune ? Alors citez-moi quelques personnes de votre entourage qui basent leurs existences sur la volonté, toute simple au fond, d’être…
Cette recherche du sens, Neri s’y attèle sans apparente nécessité de repos. Pour tout vous dire, je redoute le jour où je verrai le phénomène sans une entière possession de mes capacités. Il faut être en forme pour le rencontrer, parce que, lui, il ne sait pas faire autre chose que son maximum. La machine créative basée sur la remise en question ne semble pas être sur le point de s’enrayer.


Comble des chemins de la destinée, Jean-Pierre Neri résidait à Volos l’ancienne Yolkos d’où Jason est parti, en quête de la Toison d’or. Au-delà des pauvres limitations du temps que l’on s’imagine – que l’on nous impose -, Neri a dû être emporté à bord de l’Argos.
Ses œuvres ne sont que les réminiscences à l’état de veille, d’une dimension où les Idées s’incarnent dans la matière avec la concupiscence comme maître mot, tout en restant des irisations parfaites d’aspirations porteuses de délivrance. Vous avez bien lu : concupiscence.
Si l’on prend une définition théologique du mot, on peut lire : tendance à jouir des biens terrestres. On sait tous qu’une œuvre d’art est une forme de régurgitation du réel. L’esprit et le cœur de l’artiste sont les organes d’une digestion qui produit en aval un objet qui déborde les frontières, c’est-à-dire produit du sens inédit ou du moins relevant d’une véritable pertinence. L’approche de J.-P. Neri s’effectue plutôt en termes de festin et de paganisme au clair de lune.


Pour terminer cette présentation, empruntons de nouveau les mots de Henry Miller. Imaginez que l’expérience de la Grèce désigne en réalité celle de la création plastique de l’ami Neri :
Sortant de la mer, comme si Homère en personne s’était chargé de m’arranger cela, les îles planaient, flottaient comme des bouchons, solitaires, désertes, mystérieuses, dans la lumière qui se retirait. Je ne pouvais rien demander de plus ; je ne désirais rien de plus. J’avais tout ce qu’on homme pouvait souhaiter – et je le savais.
Tout est dit toutes et tous.
@+
Gillou
Site officiel de Jean-Pierre Neri






































Neri bien qui rira le dernier.
Merci l’ami pour la découverte, je ne connaissais pas cet artiste meme si il m’a semblé reconnaitre une des oeuvres que tu présentes, comme quoi je le connaissais malgré tout un peu.
Je pars en vacances me gonfler l’esprit d’océan. A bientot.
Amitié
Thierry
Thierry Benquey´s last blog ..J’accuse !