Greg Egan et les frontières de la réalité : La cité des permutants / Isolation

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Auteur : Greg EGAN

Ouvrages pointés :

  • Isolation, 1992 [Quarantine]
  • La cité des permutants, 1994 [Permutation city]

Les quatrième de couverture qui vont suivre veulent faire office de résumé à chacun de ces deux ouvrages.
Dans un premier temps, lisez ce qui suit, histoire de continuer à croire en certains repères.
Après, nous verrons.

Isolation : quatrième de couverture :

« Mais qui est ce mystérieux Greg Egan, dont il n’existe aucune photo connue ? Il aurait été programmeur pour le milieu hospitalier … Néanmoins une chose est sûre, il ne lui a fallu qu’une dizaine d’années pour révolutionner la science-fiction au point d’être considéré comme l’auteur le plus novateur de sa génération. »

Que dire de plus sinon que j’abonde dans cette quatrième presque arrogante. Je le redis, autrement, un peu plus loin.

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La cité des permutants : quatrième de couverture et extrait :

« En ce début de vingt et unième siècle, les milliardaires qui ont eu le malheur de perdre leur corps ont trouvé le moyen de continuer à exister grâce à des copies informatiques de leurs esprits. Simulations d’eux-mêmes, ils vivent désormais dans des simulations de notre univers. Paul Durham, conduisant des expériences avec plusieurs de ses propres copies, fait une découverte de dimension historique. Tout système suffisament complexe peut exister sans support informatique : il trouve dans la trame de l’univers l’assise nécessaire et peut s’étendre sans limite. Plus besoin de réseaux et d’ordinateurs ; plus besoin, même, de réalité. Durham entreprend alors de créer une cité virtuelle parfaite, Permutation City, où des humains pourront continuer à vivre au-delà de leur mort physique. Éternellement. Il intéresse à son projet quelques milliardaires soucieux de se mettre à l’abris des aléas du monde charnel, en leur proposant un pari pascalien : si ça marche vous serez immortels, si ça ne marche pas vous n’avez perdu que de l’argent. »

Bon. Maintenant, vous avez l’impression qu’il est question d’un livre lambda appartenant au domaine de la science-fiction. Bien.
Jetez un coup d’œil à l’extrait qui suit :

« Peer toucha l’icône appelée CLARTÉ. Dans les douze brèves années réelles de son existence de Copie, il avait essayé d’explorer toutes les conséquences de ce qu’il était devenu. Il avait transformé son environnement, son corps, sa personnalité, ses perceptions, mais il était toujours resté propriétaire de l’expérience. Les manipulations qu’il avait pratiquées sur sa mémoire s’étaient ajoutées sans jamais s’effacer et, quelles qu’aient pu être les changements qu’il avait subi, il y avait toujours une seule personne, au bout du compte, qui prenait ses responsabilités et ramassait les morceaux. Un seul témoin, qui unifiait l’expérience. La vérité était que la pensée d’abandonner finalement cette unité lui donnait une frousse vertigineuse. C’était le dernier vestige de son illusion d’humanité. Le dernier gros mensonge. »

Dans ce passage, l’imaginaire de l’auteur commence à se confondre avec les niveaux de réalité qu’il décrit. Ce n’est que broutille comparé à ce qui vous attend.

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De simples livres ?

Ces livres ont donc été publiés (en langue anglaise – premières publications) entre 1992 et 1994.
Le bac puis l’entrée à l’Université. Des études supérieures en guise d’électro-choc : découvrir de nouveaux modes de pensée, de nouvelles contrées ouvertes à ciel ouvert à grands coups de fulgurances. Le contraire des exigences requises pour l’obtention du baccalauréat, n’est-ce pas ?
Bref, en ce temps-là, Egan devient l’auteur incontournable d’une génération voyageant dans des mondes imaginaires dont les bornes improbables sont celles définies par la physique quantique. Cette dernière constitue dans Isolation le background théorique d’une affaire d’espionnage industriel, qui prend vite des allures d’introspections hallucinées. Egan avait également déjà exploré les possibilités des mondes virtuels avec La cité des permutants. Matrix n’était encore qu’un songe ordinaire ; il le restera d’ailleurs. Rappelons le, cette « trilogie » n’est plus rien si l’on connaît Le monde sur le fil [Welt am Draht] de Rainer Werner Fassbinder (1973), qui était déjà une adaptation de Simulacron 3 de Daniel F. Galouye (1964), mais je m’égare (après tout, le plagiat est tellement grossier…). En tous les cas, avec ces deux romans, il devient, avec Christopher Priest, un des dignes héritiers de Philip K. Dick.

Il faut tout de même préciser que le bonhomme australien a le don de vous emmener dans sa tête, et c’est une expérience, surtout si l’on s’y laisse aller, plutôt déstabilisante. Le lecteur ne devient pas le créateur, mais il se rend compte à quel point celui-ci subit lui-même l’altérité des phénomènes qu’il décrit : vous savez, le vieux problème philosophique de la scission sujet-objet… eh bien là vous ne savez plus où est le haut et le bas. Troublant ? Oui, on peut au moins dire cela.

La lecture de ces ouvrages est-elle dangereuse ?
sans commentaire

Dans quel monde allez-vous basculer ?
sans commentaire

En serez-vous prisonniers ?
sans commentaire

Combien de temps les frontières vont-elles s’abolir ?
sans commentaire

Je pense qu’il y en a encore pour penser que je plaisante.
sans plus de commentaire

Vers une improbable conclusion

Et si tous les univers possibles coexistaient, grâce à l’interface de l’imagination humaine ?

Egan est surtout celui qui joue à la description des pensées intimes, et les plus abstraites de celles-ci. Au bout d’une centaine de page, la réalité se fait multiple : les lois de la physique quantique sont maîtrisées et l’univers en est comme pris de folie.

Notre auteur australien n’est pas un représentant du courant cyberpunk. Les câbles et autres machines du réseau sont déjà, à ses yeux (voire à ses sens ?), des concepts obsolètes. Le niveau d’abstraction qu’il atteint oblige le lecteur à se questionner devant une telle configuration créatrice :

Combien de temps Greg Egan vit-il dans notre plan de réalité ?

Greg Egan est-il une entité organique du présent ?

Les livres se ferment. Je ferme le livre. La fermeture des livres s’est accompli.

Où suis-je ? Dans un monde imaginé ?

Est-ce maintenant ? Demain ?
Le maintenant met-il du temps à devenir ?

Je crois que des livres de Greg Egan en moi se sont laissés lire.

Le site officiel de Greg Egan

En vous souhaitant un Joyeux Noël à toutes et tous !
à bientôt

Gilles ARNAUD

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