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Harvey Pekar : American Splendor

Harvey Pekar

Une BD américaine qui avec le temps est devenue culte, à défaut d’une réussite commerciale retentissante : American Splendor

Je dois commencer cet article par une confession.

J’ai découvert cette BD par le film qui se nomme également, comme un rappel, American Splendor. Le long métrage fait sa sortie en salle en 2003. Bien-entendu, il reçoit le Grand Prix du Jury du Festival de Sundance, et le FIPRESCI (Prix de la Fédération Affiche American SplendorInternationale de la Presse Cinématographique) à Cannes, la même année. Le film est fidèle à l’esprit de la B.D., il consiste en une biographie de l’auteur ; à priori rien que de très banal.

American Splendor n’est pas un comics avec des personnages dont la personnalité évolue à travers les époques que traverse leur auteur, ni l’apologie sans cesse renouvelée d’un super héros. En fait, c’est la vie de Harvey Pekar au fil des années d’une vie ordinaire dans cette bonne vieille ville de Cleveland. Notre ami est préposé au classement dans un hôpital, rien de très glorieux aux yeux d’une nation conquérante, ou d’un lecteur en mal de sensations fortes. Le sous-titre des divers numéros est clair :

“The life and times of Harvey Pekar”. Le principe de ces aventures du quotidien est simple, “Ordinary life is pretty complex stuff”, expression qui s’affirme comme un leitmotiv engagé pour ne plus fuir la réalité quotidienne, et ne plus se réfugier dans des histoires idéalisées où la vie en est absente (pour les franchouillards : “la vie quotidienne est un truc plutôt complexe”).

album American Splendor album American Splendor

Harvey fait donc un comics sur sa vie, il rapporte dans le même temps les expressions qu’il relève dans le bus, au boulot, dans les rues de Cleveland. Il est passionné de Jazz – collectionneur mono-maniaque – et traîne avec des amis qui s’intéressent comme lui à des choses bien en marge de la culture des drugstores et autres fancy shops. A noter que Mr. Pekar est le scénariste émérite de cette série, il ne sait pas dessiner. Ainsi, ses compagnons de galère vont finir par s’y coller. Le premier qui fait le pas et permet de démarrer American Splendor c’est … Robert Crumb, eh oui !

Harvey Pekar heureux

Cet héros urbain contemporain est loin d’être parfait : caractère de chien, tempérament à tendance dépressive, radin à un stade avancé et j’en passe. Mais, au fil des BDs, on s’attache à lui comme à un vieux pote.

Notre ami Harvey Pekar est enfin publié en langue française. Pour le moment, pas d’édition des albums préalablement parus en version originale – en américain et autres argots dérivés – ce sont les nouvelles parutions qui sont concernées. Our friend s’achemine vers ses 70 ans avec bonhomie, mais avec une ironie et une lucidité toujours aussi prégnantes. Une critique de la société américaine indissociable de celle de notre héros du quotidien et de ses vicissitudes.

Le Dégonflé American Splendor

En premier lieu, présentons Le Dégonflé (The Quitter). Un album qui a le goût de la confession.

L’auteur expose avec pudeur et intransigeance son parcours d’enfant d’immigré – parents juifs polonais – et les galères d’un adolescent ayant du mal à devenir un jeune adulte. Classique me direz-vous ? Certes, mais se livrer n’est pas chose facile, comme en témoigne les premiers mots bougons empreints de gène de Harvey :

“Je suis né à Cleveland, dans l’Ohio, le 8 octobre 1939, cinq semaines après le début de la guerre. Pour ce que ça peut vous faire !”

Les extraits suivants, de la quatrième de couverture, résument bien l’essentiel de l’entreprise salvatrice de l’auteur :

“ À travers le récit de l’adolescence du caïd de Cleveland, jusqu’à son passage éclair dans la marine et ses premiers pas d’écrivain, ce superbe graphic novel relate l’histoire ordinaire d’un jeune homme qui se construit au fil des échecs, de ses rédemptions et de la complexité de la vie quotidienne (…) Le Dégonflé est l’oeuvre la plus irrésistible et poignante de Harvey Pekar, un ouvrage inoubliable pour tous ceux qui, comme Harvey, se sont battus et continuent de vivre jour après jour.”

Le second album à avoir atteint les côtes françaises : Un jour comme les autres (Another day). Le mot de l’éditeur :

Couverture du dernier Harvey Pekar“ Pour Harvey Pekar, demain n’est pas seulement “un autre jour”. L’auteur explore avec une honnêteté implacable les complexités de la vie quotidienne. D’un combat épique contre les toilettes récalcitrantes aux dangers inhérents à la recherche de lunettes perdues, en passant par les risques de la conduite sur neige et la prise de médicaments chaque matin, le talent de Pekar n’a jamais été aussi affûté que dans cet ultime volume de la fameuse série autobiographique American Splendor. Dans ce recueil égrenant les triomphes ordinaires, les frustrations et les drames de l’existence de Pekar, on retrouve certains des plus grands artistes de comics parmi lesquels Richard Corben, Eddie Campbell, Chris Weston, Gilbert Hernandez et Ty Templeton, pour ne citer qu’eux. ” (quatrième de couverture)

Harvey Pekar reste fidèle à sa croyance fondamentale : “ ordinary life is pretty complex stuff ” (on ne répète pas : apprenez l’américain !). Un regard sur les choses qui fonctionne à la manière d’un miroir. Au détour d’un dialogue ou d’une pensée de Pekar, on découvre les reflets de nos préoccupations, de nos aventures personnelles. Notre ami nous invite à ce recul : ”Je suis spécial ou il y a des gens comme moi, mais ils ne l’avouent pas ? ” Une invitation à l’introspection qui, comme à l’accoutumée, s’accompagne de successives vagues d’hilarité et autres émotions non contenues.

Ces deux albums sont publiés chez Panini Comics, une maison d’édition qui ne cesse de varier ses choix d’auteurs. Une ligne éditoriale aux contours flous, mais qui a le mérite de nous offrir, au sein de la quantité, de véritables perles.

Décidément, American Splendor est vraiment un régal, une série qui relève d’une véritable gastronomie de la Bande Dessinée. Une suite de récits dont on sort rassasié, le sourire aux lèvres, avec l’irrépressible désir de continuer à mordre la vie avec bonheur et sans (a)ménagement.

Bon.

C’en est fini avec M. Pekar.
Arrêtons, sinon, il va finir par se prendre au sérieux.
Puis penser qu’il a enfin réussi quelque chose de bien dans sa vie, etc.

Néanmoins, on attend la suite.

Gilles Arnaud


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3 Comments

  1. Je découvre avec plaisir cette série que je vais m’empresser d’approfondir.
    Je suis resté bloqué à la lecture des Freak Brothers de Gilbert Shelton. Encore une BD Underground qui vaut le coup et donne une bonne vision d’une certaine époque.
    Et le film American Splendor, il est bon ?

  2. Eh bien,Freak Brothers est un très bon exemple de Bd Underground.
    On connaît tous cette Bd et ses histoires rocambolesques … mais chez les Freak Brothers, justement, on parle de freaks, c’est-à-dire des types qui ne sont pas des super héros ! Ils vivent des trucs décalés, en marge de la société, mais pas en marge de la vie. Rien contre le genre des comics sf, mais à un moment donné il y en avait trop.
    Le dessin doit d’ailleurs beaucoup à Robert Crumb qui est le pape de la Bd souterraine : enfin…heu…il a fait une pochette de disque de Janis Joplin.

    Pour le film, un vrai petit bijou d’inventivité visuelle. Faudra le présenter sur le blog…

    Ben ça commence à participer, c’est cool !

    @+
    Gilles Arnaud

  3. Francky 01 says:

    Hello.
    Via des recherches sur Harvey Peckar, j’arrive chez toi.
    “American Splendor” est une excellente b.d d’un des “maitres” de l’undergroud américain.
    Je ne savais pas que Panini Comics avait édité certains de ses albums. Merci du tuyau !!

    Bon, j’en profitte pour me balader un peu chez toi, ça à l’air très confortable et très bien.

    A + +
    Francky 01´s last blog ..Requiem forEZ3kielet DAAU liveMy ComLuv Profile

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