
Arnaud Desjardins est un voyageur infatiguable. Il n’a cessé de sillonner le monde à la recherche de personnes engagées dans une quête désintéressée, caméra à la main. Il a donc réalisé lors de ses retours des documentaires. Il y est question de l’Inde, du Tibet, etc.
Soufis d’Afghanistan témoigne d’un monde disparu.
Le soufisme peut être envisagé de différentes manières, chacune dénote une résurgence prenant sa source dans une réalité multiple. Pour le dire vite, les soufis sont les spirituels de l’islam. Du point de vue de l’Histoire des phénomènes religieux, les “spirituels” apparaissent au moment où une conception de la Lettre impose ses vues à une société. L’Esprit désire s’écarter du brouhaha ambiant pour donner raison au vieil adage :
“Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse.”
Ironie du sort, une tache de plus dans l’histoire d’un pays : la forêt a été décimée.
Les talibans n’y furent pour rien.
On a coutume de dire que l’Afghanistan est au milieu de nulle part, un pays enclavé dans des montagnes abruptes, et où seuls des sentiers et routes désertiques permettent de circuler en son sein. Mais les terres afghanes sont entourées de toutes parts. Une géographie du passage, pourrait-on dire, pour rendre compte de la situation de ce pays. L’Afghanistan est un carrefour de civilisations : Chine, Iran, Russie,Pakistan, Inde. Cette configuration fut la cause de nombreux déboires au fil du temps, tout le monde voulant récupérer cet îlot.
L’avant-dernière en date (les “sauveurs” viendront plus tard), est la “révolution de Saur”. Saur est un mois du calendrier afghan : du 22 avril au 22 mai de notre calendrier grégorien [c'est-à-dire pour nous, les chantres du temps universel]. Cette révolution a un goût de déjà-vu, elle est dans les faits un coup d’état communiste fomenté par L’Union Soviétique de Brejnev. L’Afghanistan devient alors, ostensiblement, un pion sur l’échiquier de la politique internationale.
En 1979, les troupes de l’Armée Rouge investissent le pays pour aider les “éclairés” dans l’installation – l’imposition – d’un sacro-saint régime communiste.
Les confréries furent considérées comme des potentiels lieux de contre-pouvoir par l’occupant soviétique : le massacre eût lieu.
Place nette fut ainsi faite par les extrémistes communistes, pour la mainmise des extrémistes religieux.
Le 14 avril 1988 fut signé à Genève le retrait des forces militaires soviétiques, en présence du secrétaire général des Nations Unies. Les signataires : l’Afghanistan, le Pakistan, les États-Unis et l’Union Soviétique. Depuis, du gaz naturel est passé dans les oléoducs.
Les représentants des confréries avaient toujours refusés que l’intimité de leurs pratiques spirituelles soit imprégnée sur pellicule. Ils finirent par demander à Arnaud Desjardins, en 1973, de faire ce dont il rêvait depuis tant d’années : le temps était venu. Intuition morbide ? Pressentiment de la fin de leur monde ? Analyse judicieuse et sans nouvelle perspective d’une situation politique envenimée ?
Au bout du compte, des documents filmiques exceptionnels et inespérés : archives filmées d’une culture ensevelie dans les tombes des spirituels disparus.
J’accompagne ce petit texte d’une vidéo de 11 minutes : le début de la première partie du film, Maître et disciple. Vous trouverez la suite facilement sur le Net via les moteurs de recherche (au boulot que diantre !), ainsi que la seconde partie intitulée Au cœur des confréries.
Cet article a été motivé par la lecture d’une des créations littéraires de ce cher Thierry Benquey : Hazârajat ou le pays des larmes .
Gillou
Article relatif :
Afghanistan before I
Afghanistan before III


















































Merci pour le lien mais avant tout merci pour la découverte de ce Monsieur Desjardins que tu nous proposes ici. Cette vidéo exprime un profond amour et une profonde sensibilité. une sensibilité que je retrouve dans tes articles et qui n’est pas une preuve de faiblesse mais une preuve de ton ouverture sur le monde et sa beauté.
Amitié
Thierry
Moi non plus je ne connaissais pas Arnaud Desjardins. On ferait mieux de nous passer plus souvent ce genre de reportage sur les chaines de télé ! c’est bon pour l’ouverture d’esprit et aux autres !
Merci Gilles
Bonne fin de semaine
Excellent. Merci pour cet article, je vais de ce pas creuser plus profondément. Il est rare de trouver un tel regard sur l’Afghanistan d’une part et sur l’islam encore plus. La beauté qui transparait des visages de ces vieux maître soufis est impressionnante. Est-ce que ce cœur bat encore quelque part au milieu des ruines ?
Officiellement, toutes les confréries ont été décimées sans aucune survivance.
Peut-être existe-t-il encore des pratiquants de ce type, mais leur existence doit être secrète, à cause de la force répressive mise en place par les Talibans.
Je peux pas t’en dire beaucoup plus.
Amitiés.
[...] L’article de l’ami gillou : Afghanistan before II [...]